17 mars 2010

Convalescence


Ce matin je me sens un peu mieux. Suffisamment en tout cas pour reprendre la route. Skaya nous prépare un super petit déjeuner avec du yaourt bulgare et quelques saucisses. Avant de partir, elle m’offre quelques provisions : du pain et de la feta. Vingt kilomètres très agréables jusqu’à Dobrice. Le terrain est un peu plus plat et le vent est moins fort le matin. Biser me double avec sa camionnette et m’offre un concert de klaxon pour m’encourager. Dobrice est assez agréable même si il n’y a pas grand chose à voir. Les rues commerçantes flambant neuves tranchent vraiment avec les ruelles boueuses des villages aux alentours.
Je ressors plein Ouest en direction de Silista et de la frontière roumaine. Je commence par une vingtaine de kilomètres face au vent et sur la pire route de mon périple. Le revêtement est si défoncé que je ne peux même pas regarder ma carte ou mon compteur sans planter ma roue avant dans un trou. Je me suis parfois plaint de l’état des routes au Portugal, mais face à ce champ de bosses, elles passeraient pour de véritables billards. Les automobilistes sont comme moi et ils réalisent des prouesses de slalom pour éviter les trous. Je suis dans une grande plaine de cultures. Je dois fournir un surplus d’efforts incroyable pour avancer. Autant dire que les chiffres de moyenne et de distance n’ont plus de sens sur ce terrain ! L’important est d’avancer coûte que coûte. Comme chaque jour le vent se renforce d’heure en heure, mais par chance il a un peu tourné ce matin. Ma route part enfin plein Nord et à Karapelit, il n’est plus trop défavorable. Mais ce vent commence à me gonfler sérieusement, depuis Rome j’ai l’impression que c’est 15j de face pour 1j de dos. C’est probablement faux et je ne tiens pas de compte, mais c’est une impression due à l’usure du voyage.
Je m’arrête peu avant Hitovo dans une petite cabane pour manger à l’abri du vent. Les routes traversent toujours de larges étendues de cultures tantôt vertes, tantôt brunes. Pour cet après midi, je me prévois un programme allégé. J’ai mal au ventre et quelques problèmes intestinaux qui me forcent à m’arrêter toutes les demi heures pour des besoins pressants (je ne vous fais pas de dessins !). Allez 25km et juste le temps d’entrer dans la province de Silistra pour enfin découvrir un magnifique revêtement de la route. 75km au compteur pour aujourd’hui et je me retrouve à Sreditze. La première personne que je rencontre n’est autre que le maire du village. Aucun problème, il m’ouvre une salle communale où j’ai droit à un lit, une douche et à la télévision par satellite. Je peux même regarder sur Eurosport le résumé de Paris Sochaux et me navre de la piètre performance des jaunes et bleus ! On m’avait décrit les bulgares comme des gens fermés et voleurs. En fait je n’en ai rencontré que des sympathiques partout où je passe. Et ils sont toujours prêts à m’aider . C’est une chance car à cause de ma santé fragile et de ce froid qui arrive vite en fin de journée, il est bon de pouvoir dormir bien au chaud tous les soirs.

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La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.
Albert Einstein.

La jeunesse est une victoire du goût de l'aventure sur l'amour du confort.
Douglas MacArthur.

C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on y croise, aux idées qui vous y attendent… Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.
Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.
Nicolas Bouvier.
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