19 nov. 2009

Un barrage renversant




Ce matin, j’engloutis mon petit déjeuner, les efforts des jours précédents commencent à se faire sentir sur mon estomac. Mais pour commencer la journée, rien de tel qu’un beau faux plat descendant pour s’échauffer. Celui ci va quand même durer 28 km jusqu’à Ardales. La route se faufile dans uns belle plaine bordée de quelques rocs rouges culminant à presque 1000m quand même. Un petit peu le décors du grand Ouest américain. C’est très joli, mais je m’inquiète pour les quelques gouttes de pluie qui commencent à tomber. Ce matin l’air est humide et le plafond nuageux très bas. Finalement, il y aura même quelques éclaircies l’après midi. Je file donc vers ce bourg suspendu au dessus de la retenue d’eau d’Ardales. Pas grand monde sur la route si ce n’est les convois militaires en manœuvre dans le secteur. De là je quitte la grande route pour longer la rivière. Evidemment comme j’emprunte une petite route espagnole, le revêtement devient carrément catastrophique. Au fur et à mesure que je m’élève mon champ de vision s’élargit sur le plan d’eau qui prend des teintes turquoises très particulières. Les barrages de Gualdahorce forment un réseau de retenues d’eau assez complexe avec au moins cinq barrages disposés au confluent de deux rivières. Ma route bascule donc au dessus de la crête vers un autre lac. Pour l’atteindre, je descends dans des gorges d’une verdure rafraîchissante et qui changent radicalement de la steppe de ce matin. Il y a aussi des phénomènes géologiques tout à fait étonnants, des falaises en strates obliques et de gros blocs au formes plus arrondies. Il y en a un peu pour tous les gouts ! Mais moi c’est le bitume que je vais inspecter de plus près. Dans la descente, la route est extrêmement glissante et le revêtement est catastrophique. Il y a beaucoup de feuilles d’arbres mouillées. Pas étonnant alors que dans une belle épingle à droite, ma roue avant fasse un petit caprice…
Je glisse sur le flanc sur quelques mètres, mais rien de cassé. Je me suis râpé le coude et la hanche. Le vélo est quasiment intact à une griffure près sur le guidon. Mes éraflures ne me gênent pas pour pédaler donc tout est ok. Je repars avec la plus grande prudence sur cette route périlleuse. Et là j’arrive à un lieu nommé Derfiladero de las Gaitanes. Deux falaises d’au moins 300m de haut se font face avec une vingtaine de mètres d’écart et au fond coule un filet d’eau si mince qu’on se demande comment il a pu venir à bout de ces deux immenses rocs. Accrochées à la paroi, je vois des plaques de béton, je reconnais instantanément le Camino del Rei !!! Je l’avais vu sur internet et j’étais à 1000 lieues d’imaginer le voir aujourd’hui. Le hasard de ma route m’a vraiment gâté. Pour tout expliquer il s’agit d’un chemin assez extrême construit sur le flanc de la falaise par les ouvriers du barrage. Maintenant il est assez délabré et carrément dangereux, alors forcément c’est un lieu mythique pour les amateurs de sensation fortes…Pour ma part, j’ai déjà gouté aux sports de glisse tout à l’heure, alors j’ai ma dose pour la journée ! Je continue ma route vers El Chorro, puis monte tout droit vers la vallée d’Abdalajis. Je ne connais pas les pourcentages là non plus, mais je pousserai le vélo à plusieurs reprises. Les quelques voitures que je croise semblent halluciner de voir un cyclo touriste sur cette route (moi aussi j’hallucine) Mais de tout là haut quelle vue ! Je vois toute la Sierra face à moi avec ses multiples crêtes à perte de vue. La roche est tantôt grise, tantôt rouge. Les vaux sont verts et tantôt bleus . Ce sont là des panoramas que je ne suis pas prêt d’oublier. Ils sont si incroyablement harmonieux et tranchants à la fois, comme une alternance parfaite de force et de douceur. Quelques oranges et mandarines plus loin, j’atteins le village les mollets en feu . C’est l’heure du repas et d’une bonne sieste. La route file ensuite vers Antequera et le relief est un peu plus favorable. Je laisse bientôt derrière moi « une énième sierra » pour rejoindre une plaine couverte d’oliviers et baignée de soleil. Tout ici est magnifique. Sur les hauteurs de la ville, je compte pas moins de 14 églises et cathédrales. Je me dirige (sur les pavés évidemment) vers elles. Elles sont remarquables par leur style typiquement andalou. Pas d’autoroute ici, mais je perds un peu de temps pour sortir de la ville. Rien de bien méchant en fin de compte. Le soleil commence à décliner et à Cartaojal je décide que ma journée a été suffisamment chargée. Un peu de bricolage pour changer ma chaine, une dégustation d’oranges sur la place du village et je fais la rencontre des jeunes du coin qui jouent au foot. Je suis l’attraction du jour et les questions fusent pendant une heure jusqu’à la nuit tombée. Des ados rentrent du collège et prennent le relais. Pour ma part j’envisage de dormir sous le toit du stade municipal, mais ici c’est une étape de Saint Jacques alors on connaît l’hospitalité. Ma présence a vite fait le tour du village et je suis invité à dormir dans la maison de la culture. Il y a même des canapés super confortables pour dormir.
Ca n’est pas fini, je rentre dans une petite alimentation pour acheter un peu de nourriture et la mère d’un des enfants rencontrés plus tôt paye pour moi. Une petite lessive, une bonne toilette et je me couche bien au chaud. La journée a été bien remplie et se termine en beauté…

3 commentaires:

  1. Et ben ! plus de 1000m de D+ avec tout ton fourbis.. t'as la condition physique ! Pas comme JB qui lui a la grippe.. ^^

    Je me suis rappelé que tu nous avais montré une vidéo d'El camino del Rey et je suis retourné la voir. C'est toujours aussi impressionnant et flippant. Je suis surpris que tu ne l'ai pas tenté en vélo ! Ca aurait surement été une première. ^^

    A+

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Oops mauvaise manip' on recommence !

    J'ai hésité à le tenter en backside to frontflip sur la roue arrière mais mes sacoches passaient pas en largeur...
    Dommage ;)

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La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.
Albert Einstein.

La jeunesse est une victoire du goût de l'aventure sur l'amour du confort.
Douglas MacArthur.

C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on y croise, aux idées qui vous y attendent… Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.
Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.
Nicolas Bouvier.
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