Talis vient me réveiller à l’heure prévue. Je dormais à poings fermés malgré le jour. Je peux réellement sentir l’effet de ma remontée vers le nord sur la longueur des journées. Le soleil se lève à 6h et il n’en finit pas de briller le soir comme s’il prenait son temps et décroît tout en douceur derrière l’horizon. Mais aujourd’hui, rien de tout ça, c’est une bruine typiquement marine. Talis me régale encore d’un bon petit déjeuner très apprécié ! Plus je monte vers le nord, plus le pain semble noir, compact et calorique. Le beurre s’étale en couches épaisses comme s’il s’agissait d’un élément vital pour affronter l’hiver. J’attends quelques instants que l’averse se termine et je prends le départ dans cet environnement humide qui ne me réjouit pas du tout. La route aujourd’hui longe le bord de mer jusqu’à Carnavica, mais je ne peux pas la voir car la dune boisée de sapins me cache l’horizon. Arrivé dans le petit bourg, elle finit pas s‘évanouir en marais de roseaux peuplant un marécage gorgé par les eaux tombées du ciel. Ici je rejoins la grande route E73 qui me conduira tout droit à Tallin. Elle ne m’emballe pas pour l’instant car elle est empruntée par les camions qui m’éclaboussent. Je replonge dans une forêt de sapins très dense et la route est très droite. J’aime la nature mais ici c’est d’une monotonie déroutante et ennuyeuse. Alors, dès que possible, je bifurque et emprunte des petits sentiers qui franchissent la dune. Je redécouvre alors la mer, agitée par le vent qui la bouscule continuellement. Elle se teinte d’une noirceur terrifiante, reflétant le gris du ciel et la forêt sombre. Seule la plage de sable ocre relève le contraste de ce tableau horrifiant et fascinant à la fois. Ainsi se passent mes petites pauses régulières à méditer sur l’affrontement des éléments : le vent, la mer, la dune. Pour midi, je cherche un petit village pour manger mais rien en vue sur ma carte et je me résigne à m’arrêter au bord de la route sous un abri bus étrangement posé au milieu de nulle part. La pluie refait son apparition et je me couvre pour ne pas prendre froid. Elle s’estompe un peu et je peux finalement retourner affronter le bitume détrempé et les camions qui continuent de m’arroser à chaque dépassement. Et puis, « après la pluie vient le beau temps » dit-on et en bord de mer tout peu changer très vite. En une demi-heure, le ciel se dégage complètement et le soleil jaillit de derrière les nuages pour me réchauffer. Instantanément je retrouve un plaisir indicible et ma route s’éclaire de petits instants magiques où je peux entrevoir entre les sapins la mer scintiller d’un beau bleu. Je m’arrête sur une plage et à l’abri du vent pour écrire mon journal. Le soleil me chauffe les oreilles et je prends le plus grand plaisir à profiter de sa chaleur. Ma route s’incurve et le vent me pousse jusqu’au soir. Je dépasse allègrement les cent kilomètres lorsque j’atteins Salacgriva, jolie station balnéaire qui allie les charmes de la mer et la nature préservée. Tout a été entrepris pour conserver ces lieux sauvages où les oiseaux chantent de tous les côtés. La fermeture du pays pendant l’ère soviétique aura au moins eu ça de bon. Les sites naturels n’ont pas été dévastés par la pression immobilière et touristique.
Je passe quelques instants à la bibliothèque pour accéder à internet et en sortant je rencontre une jeune femme complètement enthousiaste à propos de mon voyage. Elle s’appelle Loire et est étudiante à Riga. Actuellement, elle est chez ses parents pas très loin d’ici et attend les résultats de ses examens. Elle me conduit chez elle où ses parents m’accueillent sans se poser la moindre question. Toute la famille est un peu folle et ça rigole énormément et constamment. L’ambiance est vraiment très amicale et joviale. Je me sens dans la maison du bonheur, sans souci et j’apprécie ces moments. Spaghettis carbonara au repas, j’ai même droit à une bonne douche et une lessive. C’est formidable ! Mes vêtements sèchent au coin du feu et je m’endors sur le canapé sans plus penser à la matinée maussade que j’ai passée. Seul le soleil et les éclats de rire de cette après midi me restent à l’esprit.
22 avr. 2010
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La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.
Albert Einstein.
La jeunesse est une victoire du goût de l'aventure sur l'amour du confort.
Douglas MacArthur.
C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on y croise, aux idées qui vous y attendent… Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.
Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.
Nicolas Bouvier.
Albert Einstein.
La jeunesse est une victoire du goût de l'aventure sur l'amour du confort.
Douglas MacArthur.
C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on y croise, aux idées qui vous y attendent… Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.
Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.
Nicolas Bouvier.
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